Walid Regragui et Fouzi Lekjaa
Walid Regragui et Fouzi Lekjaa

Il serait malhonnête de nier la déception réelle ressentie par une large partie des Marocains après les sanctions infligées par la Confédération Africaine de Football (CAF). Elles ont été perçues comme sévères, déséquilibrées et déconnectées des faits. L’indignation était légitime. La réaction, elle, l’a été beaucoup moins.

En quelques heures, le débat sportif s’est mué en polémique nationale, et la plateforme X en chambre d’écho. À la place d’une analyse froide des responsabilités de l’instance continentale, des tweetophiles se sont empressés de désigner des coupables internes. Le sélectionneur Walid Regragui et le président fédéral Fouzi Lekjaa ont servi de paratonnerres commodes. Accusations expéditives, procès d’intention, indignation performative : le cocktail est désormais familier.

Cette dérive n’est pas anodine. Elle obéit à une mécanique bien rodée : simplifier l’extrême complexité, personnaliser la faute, transformer un contentieux institutionnel en querelle domestique. Le résultat est prévisible : le centre de gravité du débat se déplace. La CAF sort du champ, le Maroc s’y enferme.

Plus préoccupant encore, l’indignation initiale a été récupérée et amplifiée par des réseaux de comptes anonymes, ces mouches électroniques qui prospèrent sur la polarisation. Leur rôle n’est pas d’éclairer, mais de radicaliser, de fragmenter, d’opposer. À force de bruit, ils parviennent à masquer l’essentiel : l’incapacité chronique de la CAF à gérer ses propres crises, sa gouvernance erratique, ses décisions juridiquement fragiles.

Pendant ce temps, la stratégie de l’instance continentale est limpide. En sanctionnant lourdement, elle anticipe l’appel, sait que le dossier finira devant une juridiction indépendante, et s’en déleste politiquement. La tempête sur X devient alors une diversion parfaite. Les invectives internes font écran. L’opinion se divise. La responsabilité se dilue.

Qu’on se le dise clairement : la critique est saine. Elle est même indispensable. Mais la critique n’est ni hystérie, ni répétition de slogans, ni ignorance volontaire des faits juridiques. Lorsqu’elle se transforme en auto-sabotage, elle ne sert plus l’intérêt général, elle le dessert.

Car, contrairement à ce que laissent croire certains fils viraux, le Maroc n’est pas démuni. Il est juridiquement armé, institutionnellement structuré, et conscient des enjeux. La faiblesse n’est pas là. Elle se trouve du côté d’une CAF qui externalise ses décisions et abdique son autorité morale en renvoyant ses dossiers ailleurs.

L’éditorialiste n’a pas vocation à flatter la foule. Il doit rappeler l’essentiel : le bruit n’est pas une stratégie. La lucidité, si. Dans cette affaire, la meilleure réponse n’est ni la colère permanente ni la chasse aux sorcières numériques. C’est la cohésion, le temps long et la rigueur. Même si cela fait moins de likes…

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