Le temps des sorciers blancs est bel et bien révolu. Pendant des décennies, l’Afrique a été présentée comme dépendante de l’expertise occidentale, souvent incarnée par des entraîneurs européens de second plan, principalement français ou belges, venus chercher une opportunité que leurs propres championnats ne leur offraient pas.
Longtemps marginalisés, les cadres africains payaient le prix de préjugés tenaces et d’une confiance systématiquement accordée à des techniciens étrangers, parfois peu qualifiés pour comprendre les réalités techniques, culturelles et humaines du continent.
Mais cette époque appartient désormais au passé. La CAN 2025 marque un tournant historique : pour la première fois, les quatre demi-finalistes sont tous dirigés par des entraîneurs africains. Une révolution silencieuse mais profonde, qui consacre enfin la compétence, la vision et la légitimité des tacticiens locaux.
À leur tête, Walid Regragui symbolise cette nouvelle ère. Le sélectionneur du Maroc s’est imposé comme l’un des entraîneurs les plus influents de la compétition. Avec une maîtrise tactique raffinée et un leadership fédérateur, il a porté les Lions de l’Atlas jusqu’au dernier carré, démontrant qu’un technicien africain peut rivaliser et dépasser les meilleures écoles de coaching au monde.
Mais Regragui n’est pas un cas isolé. Hossam Hassan (Égypte), Pape Thiaw (Sénégal) et Éric Chelle (Malien à la tête du Nigeria) incarnent également cette montée en puissance des cadres continentaux. Ensemble, ils écrivent un chapitre inédit : celui d’une CAN dominée par des entraîneurs africains, produisant un football intelligent, discipliné, moderne et parfaitement adapté à leurs équipes.
Les résultats de la CAN 2025 confirment la tendance : 15 des 24 sélections étaient dirigées par des entraîneurs africains. 11 ont atteint les huitièmes de finale. Les équipes coachées par des locaux ont remporté 75 % des matchs disputés jusqu’ici.
Ces données disent tout : les entraîneurs africains ne sont plus des options de secours. Ils sont désormais au centre du jeu, performants, crédibles, compétents et moins couteux. Leur réussite repose sur une alchimie unique : une connaissance intime du terrain africain, une gestion humaine adaptée aux réalités locales, et une capacité à allier modernité tactique et héritage footballistique.
De Rabat à Dakar, du Caire à Lagos, cette nouvelle génération de techniciens africains redéfinit le football du continent. Walid Regragui, en particulier, a façonné une identité forte pour les Lions de l’Atlas : intensité, organisation, solidarité, intelligence de jeu. Son approche prouve que l’expertise authentique se construit sur le terrain, pas dans les clichés importés.
Quelle que soit l’issue de la compétition, la CAN 2025 restera comme celle où les entraîneurs africains ont définitivement pris le pouvoir sur les barakis et sorciers blancs, démontrant que l’Afrique n’a pas besoin d’être guidée de l’extérieur, elle est désormais maîtresse de son propre destin.

































